Pirates et Flibustiers
PIRATES
FLIBUSTIERS, CORSAIRES,
BOUCANIERS et
autres Gueux des Mers
 
PHILOSOPHIE DE VIE LES PRISES LES REPAIRES LES COMBATS LA VIE A BORD
LES DISTRACTIONS CHATIMENT, PUNITION NOURRITURE RHUM TABAC
VETEMENTS PIRATES CELEBRES DEFINITIONS SUPERSTITIONS NN Retour NN

LA VIE A BORD :

Les pirates menaient deux, parfois trois vies différentes. Nombre de ceux qui prenaient la mer quittaient leur femme et leur famille pour s'en aller faire fortune. lorsqu'ils rentraient, ils reprenaient la vie de "monsieur tout le monde", mais une fois à bord, c'était des marins toujours à l'affut de nouvelles victimes, s'affairant à l'entretien du navire. Il leur fallait nettoyer les armes (la rouille était un problème constant), raccommoder les voiles déchirées, briquer les ponts pour retirer le sel et la saleté, pomper l'eau des bouchains, réparer les cordages et les espars.

S'ils avaient de la chance, ils rentraient chez eux les poches pleines d'argent, certains se rangeaient, d'autres dilapidaient leur pécule en femme et  boissons. Certains ivrognes étaient réputés pour dépenser en une seule soirée le butin de plusieurs années
James Plantain, amoureux des femmes, possedait sur l'Ile Sainte Marie, un véritable harem. Il parait ses femmes de toilettes et de bijoux somptueux, mais les tenait bien à l'abri du regard des autres hommes.

Les capitaines flibustiers sont choisis par l'équipage. L'équipage ne lui obéit que s'il a confiance en ses capacités de commander. Même si des chefs tels L'Olonnais, Monbars ou De Graaf ne sont pas des tendres, ils se plient tous à la loi égalitaire des «frères de la côte». Sans doute parce qu'ils croient en la valeur de leur pacte égalitaire. Sûrement parce qu'ils voient bien que les flibustiers combattent avec un enthousiasme supérieur aux soldats traités en inférieurs par leurs officiers.

Le capitaine flibustier reçoit une double part du butin. Rien de plus. Même si le capitaine peut se servir de la cabine du maître, et utiliser un peu d'argenterie et de porcelaine de Chine, à toute heure du jour et de la nuit, n'importe quel homme d'équipage peut entrer dans sa cabine, se servir de son argenterie ou de sa porcelaine. Le capitaine ne peut l'en empêcher. Dans la bataille toutefois, le capitaine exerce un réel pouvoir; il peut frapper un homme, même le tuer s'il s'oppose à ses ordres.

Après le capitaine, l'homme le plus important était le maître. Le capitaine ne peut rien faire que le maître n'approuve. Il parle au nom de l'équipage et veille à ses intérêts. C'était en quelque sorte le magistrat du navire. Il peut juger des délits mineurs, les disputes, le manque de soin apporté à l'entretien des armes; les fautes graves étaient jugées par un tribunal. Le maître est le seul autorisé à administrer le fouet. Toutefois, cette punition étant fort détestée, la décision était prise par un vote de l'équipage. Le maître était le premier à monter à bord des navires capturés, il était responsable du choix des marchandises pillées et de leur répartition. C'est lui qui dirigeait l'embarcation de bord quand on entreprenait une action difficile ou dangereuse. Toutefois, il dépendait lui aussi du bon vouloir de la communauté. Elu par un vote à la majorité, il pouvait être déposé de même.

Puis, il y avait les officiers. Parfois ils étaient élus mais le plus souvent ils étaient nommés par le capitaine et le maître. Parfois, il y avait un lieutenant, dont la seule fonction consistait à remplacer le capitaine, si ce dernier venait à disparaître.

Autres fonctions :

Le maître voilier; responsable de la navigation et de la mise en place des voiles.

Le maître d'équipage; veille à l'entretien du navire (palans, approvisionnement, bonne marche du travail de tous les jours).

Le canonnier; veille sur l'artillerie, aux exercices de canonnage et surveille les servants des pièces pendant le combat.

Le charpentier, le voilier et le médecin. On les appelait les «artistes».

Le médecin passait le plus clair de son temps à soigner les maladies vénériennes. Lors des batailles, il pansait les blessures et pratiquait les amputations. S'il n'y avait pas de médecin, le charpentier en remplissait l'office...

Les spécialistes les plus populaires étaient les membres de l'orchestre, marins ou musiciens enrôlés de force après une prise. Les pirates étaient enchantés d'avoir un orchestre à leur bord. Ils demandaient sans cesse aux artistes de jouer une gigue ou une matelote pour les faire danser. Aussi, ils interprétaient des sérénades pendant les repas pris en commun.

Ces musiciens avaient également un rôle plus pratique pendant les combats. Ils devaient jouer des airs de marins ou des hymnes guerriers avec des tambours et des trompettes pour démoraliser l'ennemi et galvaniser l'équipage.

Chez les pirates, on enrôlait parfois de force. Surtout pour les matelots. Les officiers, eux, se présentaient souvent en grand nombre. De plus, les pirates ne forçaient jamais un homme marié à les suivre. Quand on embarquait un homme de force, le maître remettait généralement à ce dernier un document attestant qu'on l'avait enrôlé contre sa volonté; la victime pouvait alors recourir à cette pièce, au cas où elle devrait un jour comparaître devant les tribunaux.

La piraterie en occident, sauf exceptions notoires, est un univers masculin. Beaucoup d'équipages refusent les hommes mariés, excepté les pirates chinois qui, eux, peuvent amener leurs femmes sur le navire pour y travailler.

Empilés comme des sardines :
 

«Pas un homme ne choisit de devenir marin s'il n'a assez de talent pour se faire jeter en prison. Parce qu'être sur un navire équivaut à être en prison avec en plus le risque de mourir noyé. Et puis, en prison, on est mieux logé, mieux nourri et on se trouve généralement en meilleure compagnie.»
Cette citation résume très bien la condition du marin de la marine à voile. Et aussi celle du flibustier. Du moins, en ce qui concerne le logement. Par nécessité, les navires flibustiers sont surpeuplés. L'abordage est la manœuvre principale. Cela exige un équipage très nombreux. Cette promiscuité oblige à la discipline rigoureuse énoncée dans la chasse-partie. Jusqu'à 250 flibustiers peuvent s'entasser sur un pont de 40 mètres sur 12 de large.

Ce qui veut dire que chaque flibustier dispose d'aussi peu que 2 mètres carrés sur le pont du navire . Sans compter la place que prennent les canons, les cabestans et tous les autres gréements du navire. L'espace à l'intérieur du navire est encore moindre avec tout ce qu'il faut emmagasiner des vivres. En plus, il y fait une chaleur écrasante.

Les flibustiers vivent vraiment coudes à coudes. Au moins, ils bénéficient du grand air... incluant les pluies tropicales, les tempêtes et le soleil brûlant.

Les maladies :

Les flibustiers n'en finissent pas d'étonner. Ils accomplissent leurs exploits étant malades, affamés et affaiblis par le manque de sommeil. En vérité, plus encore que les combats, les maladies tuent les flibustiers. En général, la moitié des hommes sont malades à divers degrés. Le typhus et la typhoïde existent en permanence; le scorbut, la dysenterie, la malaria et la fièvre jaune complètent le tableau médical peu reluisant. Et je ne dis rien des nombreuses maladies qualifiées de «honteuses».

Pendant les abordages, il n'est pas rare de voir les hommes se précipiter en premier sur les coffres à pharmacies afin de pouvoir se soigner. Blackbeard a même assiégé une ville de Virginie pendant plusieurs jours pour à la fin partir avec pour toute rançon un coffre de médicaments! Avant lui, le rusé Morgan s'en sort mieux devant La Havane. Il cache bien aux Espagnols que ses flibustiers sont affaiblis par une épidémie. Il menace d'attaquer et d'incendier la ville malgré qu'il n'en soit pas capable. Et il obtient une rançon substantielle!

S'il y avait des médicaments et des instruments de médecine à bord des navires pirates, c'est qu'on les avait volés sur un autre vaisseau. Et si un des membres de l'équipage savait s'en servir, c'était par le plus pur des hasards. Les plaies s'infectaient rapidement, et necessitaient une intervention chirurgicale. On saoulait le patient et on le maintenait allongé, le temps d'amputer le membre atteint. Ensuite, on recousait le moignon et on stoppait l'hémorragie avec du goudron chaud.

Quand en pleine jungle, William Dampier tombe malade d'hydropisie (épanchement de sérosité dans une cavité naturelle du corps, spécialement l'abdomen, ou entre les éléments du tissu conjonctif), on lui propose deux remèdes :«les indigènes disent que le meilleur remède pour lutter contre ces fièvres consiste à boire, après l'avoir dilué dans de l'eau, un testicule ou scrotum d'alligator réduit en poudre (ils en ont quatre, un près de chaque patte, sous la peau) ».Imaginez le flibustier grelottant de fièvre qui délire et patauge dans un marais pour s'attraper un beau gros alligator! Avec des remèdes comme celui-là, il devait pas y avoir beaucoup de rescapés!  Heureusement pour Dampier, il n'y a pas d'alligator dans la région où il est. Arrivant enfin au bord de la mer, on lui applique le second remède, un peu plus sensé celui-là :
 

«aussi, m'installa-t-on dans le sable chaud, dont on me recouvrit tout le corps sauf la tête : je supportai cela presque une demi-heure, après quoi on m'en dégagea et je restai allongé à transpirer sous une tente. Je transpirai extrêmement tout le temps que je restai dans le sable et je crois que cela me fit grand bien, car rapidement, je me sentis mieux.»
DISTRACTIONS :

Les flibustiers traversent de longues périodes d'inactivité. Embusqués dans une crique ou croisant le long des routes maritimes, il leur faut attendre l'arrivée d'une proie. Voici quelques loisirs dont ils sont grands amateurs.

Jouer aux dés, aux cartes, tirer du canon s'il y a assez de munitions, lire la bible ou les livres de prières, jouer de la musique. Les spécialistes les plus populaires à bord sont les membres de l'orchestre. Ce sont des membres de l'équipage ou des musicien enrôlés de force après une prise. Les pirates sont enchantés d'avoir un orchestre à leur bord. Ils demandent sans cesse qu'on leur joue une gigue ou une matelote. Et ils dansent. Aussi, l'orchestre interprète des sérénades pendant les repas pris en commun.

Jeu de la pantomime avec pour thème la parodie d'un jugement. Chaque membre de l'équipage tient un rôle : juge, avocat, jurés, geôlier, condamné. On cite même un flibustier qui aurait écrit une pièce de théâtre sur ce thème et qui l'a montée à bord. Flibustiers et pirates se moquent ainsi du jugement et de l'exécution qui les attendent peut-être au bout de leur carrière. Vaut mieux en rire qu'en pleurer. Voici un exemple de l'humour que des témoins disent avoir entendu de la part des flibustiers. Encore une fois, une révolte gronde sous la rigolade.
 

«Ecoute, toi le coquin. Tu vas expier pour trois raisons : Premièrement, parce qu'il n'est pas convenable que je siège ici comme juge et que personne ne soit pendu. Deuxièmement, tu seras pendu parce que tu as une tête diablement patibulaire. Troisièmement, tu seras pendu parce que j'ai faim, et si tu ne le savais pas, laisse moi t'apprendre qu'à chaque fois que le dîner d'un juge est prêt avant que le procès soit fini, l'accusé est pendu, cela va de soi. C'est ce que veux la loi!»
CHATIMENTS ET PUNITIONS :

L'abandon sur une île déserte. Cela s'appelait «maronner» quelqu'un. Dans l'île au trésor de Stevenson un des personnages principaux est justement un pirate «maronné». La coutume voulait qu'on laisse au «maronné» un couteau, un pistolet avec quelques balles et un peu de poudre. Rien à boire et rien à manger. Le plus souvent le condamné mourrait d'une insolation parce qu'on lui choisissait pour île un simple banc de sable au milieu de l'océan. Si le crime était plus grave, il arrivait qu'on coupe le nez et les oreilles au condamné avant de l'abandonner.

Meurtre entre flibustiers : on attache l'assassin à sa victime et on jette les deux par-dessus bord.

Peloton d'exécution : on permet aux condamnés de choisir les hommes qui composeraient le peloton. Les flibustiers considéraient ce geste comme très généreux puisque celui qui allait mourir pouvait choisir de mourir par la main d'un ami qui ne le ferait pas souffrir... ou de défier son pire ennemi en le choisissant pour lui montrer qu'on ne craint pas de mourir. Les condamnés sont attachés au mât. Il y a aussi le passage à la planche, soit de jeter les condamnés à la mer. C'est probablement une légende. Il n'y a aucune preuve que les pirates aient utilisé cette technique...

Cela semble cruel mais ce n'est rien en comparaison aux châtiments infligés dans la marine «régulière». Pour un simple morceau de pain volé, un marin pouvait être condamné à la «grande cale». C'est-à-dire qu'on attachait le malheureux par les pieds et les mains avant de le jeter devant le navire en marche retenu par de longs câbles que deux équipes de bourreaux tiraient de chaque côté de la coque. Le bateau lui passait dessus et la tension sur les câbles empêchait qu'il remonte l'obligeant à passer sous le navire sur tout son long, s'arrachant la peau sur les coquillages collés à la coque. Le condamné finissait écartelé et, à la fin, il ne restait qu'un bras ou une jambe au bout des câbles, le reste allant droit dans le ventre des requins!

Exemple de Code de conduite sur un Navire Pirate :
 

Chacun doit obeir aux ordres 

Chacun a droit à sa part de boisson et d'aliments frais pris à l'adversaire 

Le butin se partage comme suit : une part à chaque matelot, le capitaine prend deux parts, le charpentier, le médecin, le second et les maîtres d'équipage ont droit à une part et demi 

Personne ne pourra quitter la flibuste avant que chaque membre d'équipage n'ait amassé la somme de 1000 livres 

Quiconque sera surpris en train de voler un autre membre d'équipage aura les oreilles et le nez fendu avant d'être maronné. 

Quiconque aura ammené une femme à bord risque la peine de Mort 

Les musiciens ont droit à un jour de repos de plus par semaine

Chacun peut voter lors des décisions importantes 

Quiconque frappe un membre de l'équipage encourt le châtiment de 40 coups de fouet sur le dos nu 

Quiconque garde un secret ou tente de déserter sera maronné avec pour seul aide un flacon de poudre, un pistolet, quelques balles, un baril de rhum et un baril d'eau. 

Pour chaque perte de membre ou blessure grave, une compensation sera attribuée 

Tous les jeux d'argent sont toléres à nbord tant qu'aucune bagarre ne se déclenche. Si une bagarre survient, touts les participants sont punis sans distinction. 

Quiconque fait preuve de paresse ou néglige de nettoyer ses armes est privé de sa part lors du prochain butin 
 
 


Autre page sur les punitions et tortures

LA NOURRITURE :

Pour les flibustiers, c'est ou la fête ou la Famine : A bord des navires surchargés d'hommes, il est impossible d'emmagasiner des vivres en quantité suffisante. En conséquence, la faim est une hantise permanente pour l'équipage. En plus, la nourriture est tellement dégueulasse que les flibustiers préfèrent manger à la noirceur. Les «biscuits de mer», fait de farine et d'eau, sont supposés se conserver des mois. Mais ils sont durs comme du bois et trop souvent bourrés de vers. Quand à la viande, du porc salé quand il y en a, elle est pourrie. L'eau se contamine très vite aussi. Lorsque l'eau manque, les hommes sont obligés de boire de l'eau de mer ou encore leur urine. Avec pour résultat de gros problèmes de santé et la mort à plus ou moins long terme.

« Le matin sur les dix heures, le cuisinier met la chaudière sur le feu, pour cuire de la viande salée, dans de l'eau douce, ou à défaut de celle-ci, dans de l'eau de mer. En même temps, il fait bouillir du gros mil battu, jusqu'à ce qu'il devienne épais comme du riz cuit; il prend la graisse de la chaudière à la viande pour la mettre dans ce mil, et dès que cela est fait, il sert le tout dans des plats. L'équipage s'assemble au nombre de 7 pour chaque plat. On fait ordinairement deux repas par jour sur les vaisseaux aventuriers, quand il y a assez de vivres; sinon on n'en fait qu'un. On prie Dieu à l'entrée du repas.»
Sur le continent, en territoire ennemi, se nourrir est un problème perpétuel. Les flibustiers passent le plus clair de leur temps à traquer les troupeaux de vaches ou piller les plantations pour se nourrir. Et dès qu'ils se séparent pour aller chercher de quoi manger, ils faut se méfier des embuscades des milices espagnoles.

Les navigateurs de l'époque avaient trouvé quelque solutions pour limiter cela : on embarquait des animaux vivant à bord et on utilisait des légumes séchés ou en farine. Les flibustiers quant à eux avaient trouvé une autre solution pour conserver ces aliments périssables. Dés qu'un navire était capturé les pirates s'emparaient de la nourriture de la cambuse et la mettait à un endroit parfaitement sure à leur sens : leur estomac. Après une prise ils engloutissaient en un rien de temps les provisions quitte à souffrir de faim, de soif et de scorbut quelques semaines plus tard.

Sur les navires flibustiers les vivres sont distribuées à des tables autour de laquelle se regroupent 7 ou 8 hommes. Soit un «corbillon» de biscuits et un «vaisseau» contenant «deux coups à boire pour chacun». Quand au pain, on le divise en parts absolument égales sous le regard attentif de chacun. Pour décourager toute tricherie, chaque matelot met sa «huppe» ou marque dans un chapeau, (un fil noué d'un nœud particulier, une plume, ou toute autre «marque» spécifique à chaque flibustier). Ensuite le chapeau est bien remué, puis les marques tirées au sort et posées sur un morceau de pain. Le matelot récupère alors sa «marque» et le morceau de pain correspondant. Ces précautions montrent à quel point on se méfie des querelles pouvant survenir à tout moment parmi un équipage mal nourri.

« ...après avoir erré dans la mer des Antilles sans trouver le moindre navire marchand à piller, les hommes ont été condamnés à manger les souliers, gants, poches de cuir, graines de couteau, crottes de rat, graisse de mât , cancrelats jusqu'à ce que l'équipage réussisse à prendre un grand requin qui fut incontinent mis à la chaudière... »
Notons aussi que le cuisinier est souvent un matelots qui après une blessure au combat ne peut plus servir à grand chose d'autre sur le navire. On le nomme cuisinier mais rien ne garantit qu'il ait la moindre compétence en matière de chaudrons.

Les escales dans les îles sont toujours bienvenues :

Enfin une occasion de trouver de la nourriture fraîche! Les flibustiers mangent tout ce qu'ils trouvent : petits caïmans (alligator), fous de Bassan, crabes, fruits sauvages, figues longues (bananes) et bien sûr la tortue de mer.

Les boucaniers quant à eux avaient pris l'habitude de fumer (boucaner) la viande des animaux qu'ils abattaient sur les terres espagnols. On rapporte aussi qu'ils avaient la détestable habitude après avoir écorcher un bœuf espagnol de briser les os de la bête et d'en aspirer la moelle toute sanglante et encore tiède.

On appréciait aussi beaucoup les épices et tout particulièrement le piment. Ce dernier avait deux avantages : d'une part il permettait de réduire les portions individuelles, d'autre part il masquait le goût de viandes parfois quasiment pourries.

Le Rhum :

Le rhum est avec le drapeau noir, le sabre, le galion, la pièce de huit, la jambe de bois et le perroquet un des éléments que vous vous devez d'avoir dans votre panoplie de pirate.

Mais le drapeau noir est difficile à porter sans qu'on vous jette des pierres, le sabre vous fera arrêter par la police, le galion est impossible à trouver, la pièce de huit hors de prix, la jambe de bois guère pratique en boite de nuit et le perroquet est une espèce protégée. Par contre vous n'aurez aucune difficulté à vous procurer du rhum.

Le rhum est la boisson favorite des marins dans les Antilles, ça tout le monde le sait. Cependant, ils lui trouvaient aussi d'autres usages... pour améliorer le goût et tuer les germes de l'eau à boire, le plus souvent croupissante au fond de barils sales. D'où l'invention du grog. Les vaisseaux de bois sont sombres et humides. Si on y ajoute la chaleur torride des mers tropicales ce n'est pas long qu'une véritable puanteur y règne. Pour lutter contre la vermine et les odeurs, le pont est lavé avec un mélange de vinaigre et d'eau de mer que les flibustiers remplacent avantageusement, quand ils en disposent en abondance, par du cognac français. Une cargaison de rhum fait aussi bien l'affaire. L'intérieur est désinfecté au souffre et au goudron. On comprend les flibustiers de préférer l'odeur du rhum!

Petite histoire du rhum :

Le rhum est le produit du distillat de la canne à sucre après fermentation. Il en existe une grande variété que ce soit par sa provenance (caraïbes, océan indien…), par sa couleur (blanc ou ambré), son type (agricole ou industriel) ou par sa force.

On le distille depuis le XVII siècle dans les caraïbes. Au début il était obtenu par double distillation d'un broyât de cannes à sucre à l'aide d'alambics plus que rudimentaires. On obtenait un alcool fort, dur, transparent, plus proche de l'alcool à brûler que d'un digestif. On le nommait à l'époque tafia. Le tafia était bu principalement par les esclaves, ce qui assurait à leurs maîtres une tranquillité relative. Ils buvaient aussi le produit de la première distillation : le clairin. On retrouve ce dernier sous le nom de Kulu kulu qui constitue encore une offrande essentielle aux loas vaudous.

On pense que les flibustiers raffolaient du Wedderburn ou du Plummer de la " Royal Navy ". Un Rhum Brun et lourd, chargé de parfums capiteux comme une île tropicale sous le vent.

Aujourd'hui il existe de nombreux rhums. Le barcadi est un rhum de la Jamaïque blanc léger. Dans tous les cas il faut préférer un rhum agricole à un rhum industriel. Le premier est fait à partir de la mélasse, alors que le second est fait à partir de la bagasse (les fibres de la canne).

La Tortue de Mer :

La tortue est une aubaine pour les flibustiers. Retournée sur le dos, elle reste là où on l'a mise jusqu'à ce qu'on revienne la récupérer. On peut aussi la garder en vie dans la cale en attendant le jour de la manger. En plus, les flibustiers croient la viande de tortue capable de guérir plusieurs maladies. Mais leur plat favori est le Salmigondis.

Le Salmigondis :

Lorsqu'ils descendent à terre ou s'emparent d'un navire marchand bien approvisionné, les flibustiers sont particulièrement gourmands pour un plat appelé Salmigondis, un plat très costaud composé d'ingrédients étonnants : viande de tortue, poisson, porc, poulet, bœuf salé, jambon, canard et pigeon. Les viandes sont rôties et coupées en morceaux : on les fait mariner dans un vin épicé auquel on ajoute du chou, des anchois, du hareng salé, des mangues, des œufs durs, des cœurs de palmiers, des oignons, des olives, des raisins, et tout condiment disponible. On assaisonne ensuite d'ail, de sel, de poivre, de moutarde, d'huile, de vinaigre, et l'on sert avec de la bière et du rhum !

Les Lézards :

Le Lézard se prépare «comme une fricassée de poulet», dont le goût est très semblable à la volaille, sa chair, par sa blancheur, sa tendreté, son bon goût et sa délicatesse ressemble au poulet.

Les Ecrevisses :

On les met à cuire entières dans l'eau avec du poivre, du sel, un bouquet de persil et des herbes fines. On les retire du feu quand on juge qu'elles sont un peu plus que de moitié cuites. On prend les queues que l'on accompagne avec une sauce blanche ; tout le reste se pile dans un mortier et se réduit en pâte que l'on met avec du beurre dans l'eau où elles avaient été bouillies, dont on fait le potage...

La Chasse au Requin :
 

"Nos matelots prirent un requin qui depuis deux ou trois jours ne quittait point le vaisseau ; on eut assez de peine à le mettre à bord ce poisson, hardi et dangereux, qui dépeuplerait la mer sans la difficulté qu'il a de mordre ; car la disposition de sa gueule est cause qu'il faut qu'il se renverse sur le côté pour attraper ce qu'il poursuit, et ce contretemps donne très souvent le loisir à sa proie de s'échapper. On trouva dans son ventre tout ce qu'on avait jeté du vaisseau depuis qu'il nous accompagnait, jusqu'à un marteau du charpentier ; après avoir bien rôdé autour de nous, il s'en approcha à la fin si près que nos matelots lui jetèrent un hameçon gros comme le pouce, attaché à une chaîne de fer et à un bon cordage ; il fut quelque temps à considérer la pièce de lard qui couvrait l'hameçon, mais comme il vit qu'on la faisait remuer comme si on eut voulu la retirer, il se lança dessus et avala l'hameçon avec tant d'avidité qu'il engloutit en même temps une partie de la chaîne ; on tira aussitôt la corde afin que la pointe de l'hameçon s'accrocha, et ce fut pour lors que nous eûmes du plaisir à voir les élans et les efforts qu'il faisait pour se délivrer ; quand il fut presque hors de l'eau on lui jeta une corde avec un nœud coulant qui le serra à la naissance de la queue, et avec l'aide de palans on le mit sur le pont, où un matelot lui donna un grand coup de hache sur les vertèbres. On sala quelques morceaux du ventre pour le vendredi suivant, mais nous ne le trouvâmes pas bon ; je crois que les dorades, les germons et les autres poissons que nous avions en abondance nous dégoûtèrent de celui-là. À notre défaut, les matelots s'en accommodèrent."
Viandes boucanées :

Le boucan de tortue se fait au bord de mer et celui de cochon se fait dans les bois. D'abord il faut faire tuer son cochon, le flamber pour brûler les poils de la peau, et le vider. Puis, il faut préparer deux brochettes. On prend pour cela du bois de la grosseur d'un doigt, on enlève l'écorce. Une des brochettes doit avoir une fourche aux extrémités pointues, l'autre seulement une pointe.

Le boucan lui-même est formé d'un gril de bois sur lequel le cochon tout entier doit cuire. On coupe pour cet effet quatre fourches de la grosseur du bras et d'environ quatre pieds de longueur, on les plante en terre de manière qu'elles fassent un carré long d'environ cinq pieds sur trois de large. On pose des traverses sous les fourches et on arrange sur les traverses les gaulettes qui font le grillage. Tout cela est bien amarré avec des lianes. C'est sur ce lit, ou sur ce gril, qu'on couche le cochon sur le dos, le ventre ouvert, écarté autant qu'il est possible et retenu en cette situation par des bâtons, de peur qu'il ne se referme par l'effet du feu de bois qu'on met dessous.

Il faut aussi avoir coupé du bois qu'on brûle et réduit en braises avant d'être mis sous le boucan. On transporte les braises avec des écorces d'arbres en guise de pelle, car on veut imiter la manière de faire des boucaniers qui n'utilisent pas d'outils de métal. Le ventre du cochon est rempli de jus de citron avec quantité de sel, de piment écrasé et poivré, parce que la chair du cochon, trop délicate au goût des boucaniers, a besoin d'être relevée.

Tandis que le cochon cuit, on peut manger autre chose si on en a. Cependant, dès qu'on touche au cochon, on ne peut plus manger autre chose. Aussi, il est recommandé de boire son vin et son eau sans les mélanger. Ce qui serait opposé à la simplicité des mœurs boucanières. Certains vont chasser pendant la cuisson du cochon. S'ils rapportent du gibier, on le plumait et le jetait selon sa nature dans le ventre du cochon, ou on le passait dans une brochette qu'on plantait dans les braises. Ceux qui revenaient de la chasse sans avoir rien pris étaient priés d'y retourner ou punis en leur faisant boire autant de coups que le meilleur chasseur avait rapporté de gibier. Une feuille de «cachibou» attachée aux quatre coins par des lianes, ce qui lui donnait une allure de tourtière, servait à y déposer la sauce qui est dans le ventre du cochon. Chacun y ajoute du citron, sel, poivre, et piment selon ses goûts. On sert la viande en la coupant alors que le cochon repose toujours sur le dos au-dessus du feu. On coupe de grandes tranches sans entamer la peau, afin de ne pas perdre la sauce.

Le point essentiel d'un tel mets, est de boire souvent. La règle veut et la sauce y invite. Aussi, les cochons sauvages d'Amérique ne se nourrissent point d'ordures : ils ne vivent que de fruits, de graines, de racines, de canne à sucre et autres choses semblables, à quoi il faut attribuer la délicatesse et le goût de sa chair.»

Des estomacs qui crient justice :

Si les flibustiers s'empiffraient quand ils le pouvaient, c'était aussi une révolte contre les riches de leur époque. Parce que le marin «honnête» était mal nourri par des maîtres très bien nourris. Pour se faire une idée de l'injustice des conditions de vie sur les navires «honnêtes», dites-vous que pendant que les matelots se nourrissent de biscuits durs comme du bois et de platées souvent infectes, ce n'est pas du tout la même chose du côté des nobles, bourgeois et officiers. Ceux-là ont même jusqu'à un jardin à bord. Et malheur au matelot qui leur vole une feuille de chou!
 

« ...nous avions bonne provision de betteraves, de pourpier, de cresson et de cornichons confits, et deux grandes caisses de chicorée sauvage en terre, qui étaient gardées jour et nuit par une sentinelle, de peur que les rats et les matelots n'y fissent du dommage. Quand nous eûmes mangé une de nos caisses, nous y semâmes des graines de laitues et de raves, que nous eûmes le plaisir de voir croître et manger avant d'arriver à la Martinique. C'est ainsi que nous eûmes toujours de la salade, rafraîchissement qui n'est pas indifférent dans les voyages de long cours. »
Quant aux repas dans la cabine d'un capitaine de navire marchand, voici en quoi il tenait, toujours pendant que les matelots grugeaient leurs biscuits de mer.
 
"Nous étions douze à sa table, parfaitement bien servie et avec beaucoup de propreté. Dès le premier jour, il nous marqua nos places et nous pria de ne point les changer, afin que les domestiques nous rendissent toujours les mêmes serviettes, que l'on changeait deux fois la semaine pour déjeuner, on servait ordinairement un jambon ou un pâté avec un ragoût ou une fricassée, du beurre et du fromage, et surtout du très bon vin, et du pain frais, matin et soir. 

L'on dînait après que les pilotes avaient pris hauteur, c'est-à-dire qu'ils avaient observé la hauteur du soleil à midi (pour faire le point sur leurs cartes marines). Le dîner était composé d'un grand potage avec le bouilli, qui était toujours une volaille, une poitrine de boeuf d'Irlande, du petit salé, et du mouton ou du veau frais, accompagné d'une fricassée de poulets, ou autre chose. On levait ces trois plats, et on mettait à leur place un plat rôti, deux ragoûts et deux salades; pour le dessert nous avions le fromage, quelques compotes, des fruits crus, des marrons et des confitures. Le souper était à peu près comme le dîner; une grande soupe avec une poule dessus, deux plats de rôti, deux ragoûts, deux salades et le dessert; et comme nous étions bien pourvus de liqueurs, on ne les épargnait pas. Le capitaine en avait deux caisses de vingt-quatre bouteilles chacune"

Une friandise sanglante

Les flibustiers français, surtout ceux qui furent boucaniers auparavant, ont une habitude qui dégoûte leurs confrères anglais. Ainsi, après son attaque sur Puerto Principe, Morgan fait abattre des centaines de vaches et de boeufs. La viande, fumée et salée, doit approvisionner les navires pour une prochaine expédition. Mais il s'en est fallu de peu qu'Anglais et Français s'entre-tuent… pour une histoire de moelle de boeuf !

C'est que les flibustiers français adorent briser les os des bêtes fraîchement tuées afin de sucer la moelle encore chaude. Ce faisant, ils se badigeonnent le visage de sang, salissent leurs vêtements d'une manière si dégueulasse que cela donne des haut-le-coeur aux autres flibustiers qui ne sont pourtant pas des enfants de coeur. En un mot, si pour les Français c'est là une friandise digne de la meilleure gastronomie, pour les Anglais c'est un comportement bestial et cannibalesque.

Avec le caractère qu'on leur connaît, les camps se forment vite, quelques coups de couteaux se donnent. Ils sont près de mille sur le point de s'entr'égorger quand Morgan intervient. Il réussit à calmer les esprits, condamne le flibustier qui le premier en a frappé un autre. Et surtout, rappelle à tous qu'il vaut mieux partir à l'attaque d'une autre ville espagnole que de discuter cuisine !

TABAC :

La tradition du tabac et du cigare n'est pas nouvelle dans les caraïbes.

A.O. OEXMELIN écrivait déja en 1666 ce qui suit concernant l'île de Cuba :
Tout le trafic du bourg* et de cette ville ne consiste qu'en tabac, que l'on transporte en tous les endroits des indes et même en Espagne, où on le met en poudre. C'est ce bon tabac qu'on a par toute l'Europe, et qu'on nomme tabac de Séville.

Dans l'Amérique on en use fort peu en poudre, mais on fume beaucoup. Des feuilles de tabac qui ne sont point filées, on fait de petits boulets que les Espagnols nomment gigarros et qui se fument sans pipe.

VETEMENTS :

Le pirate est en marge de la société. Ses vêtements expriment un mépris des autorités, un sentiment de révolte. On aime porter des pièces de vêtements volés à des bourgeois, des officiers, et autres ennemis détestés. Le flibustier recherche également des vêtements fonctionnels.

Tête couverte d'un foulard : l'artillerie oblige les pirates à la prudence. Les boulets n'explosent pas, mais un impact projette des éclats de bois en tout sens. Les pirates se protègent de ces éclats en s'entourant la tête de chiffons. Pour la même raison, on préfère des vêtements amples et jamais ajustés au corps.

Bartholomew Roberts : un homme grand, brun et de figure avenante. Il portait une jaquette et une culotte de riche damas, un chapeau orné d'une plume rouge, une chaîne d'or à son cou et une grande croix de diamant. Les deux pistolets dont il ne se séparait pas étaient assurés par un baudrier de soie.
Johon Pro (pirate hollandais) : il ne portait ni bas ni souliers, mais sa veste courte était ornée de boutons d'argent et de toutes sortes de joyaux.

Jack Rackham est devenu célèbre grâce à son mariage avec Anne Bonny et à sa passion pour les vêtements de couleurs vives en coton (les calicots).

De Soto (début XIXe siècle) : il dépensait beaucoup d'argent pour ses vêtements. Il portait un chapeau blanc du meilleur goût anglais, des bas de soie, une culotte blanche et un habit bleu. Ses moustaches étaient fournies et touffues; ses cheveux, qu'il avait très noirs, abondants, longs et naturellement bouclés, lui donnaient l'air d'un prédicateur anglais.

Edward Teach, dit Blackbeard (Barbe Noire)(début XVIIIe siècle) : Il portait une barbe sombre qui lui montait jusqu'aux yeux et lui recouvrait même la poitrine. Cette barbe était finement travaillée. Il l'organisait en petites tresses qu'il accrochait autour de ses oreilles. Au combat, il se harnachait d'une écharpe qu'il passait sur ses épaules et qui contenait 3 paires de pistolets. À son chapeau, il fixait deux mèches allumées qui flottaient autour de son visage, dégageant une fumée noire qui accentuait son aspect terrifiant.

SUPERSTITIONS :

Pour avoir une liste des superstitions en rapports avec la mer et les marins, voir la page d'interrogation de la base.


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